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  1. Moi je



    Le vin est l’union sacrée entre la convivialité, l’apprentissage de la vie et le partage. C’est une éducation permanente du goût, à l’inverse du soda et des fast-foods basés sur l’agro-alimentaire. Au milieu de ce monde, le quidam se balade avec des écouteurs, écrasant l’autre et s’enfermant dans des bétaillères sponsorisées par la ratp : l’individualisme est une maladie de ce siècle. Au contraire,  le vin essaie de réunir et de faire vibrer les quatre sens des dégustateurs. Qu’ils soient spirituels ou buccaux, les vins sont avant tout notre patrimoine. A la différence de l’informatique, des voitures et des vêtements, les vins sont les rares productions françaises encore possible de produire et de consommer. Travailler à la Méditerranée m’a permis de me parfaire dans l’attente des clients et non dans  l’avènement d’une philosophie à l’instar d’une religion. Le vin bio vinifié naturellement est mon éthique, mais je comprends qu’il y ait deux  styles de vins en France. Peu de gens savent élaborer en symbiose une agriculture  et une vinification saines. Une école d’œnologie  alliant ces deux paramètres est mon utopie.

     


    Dans mon métier, le goût est scindé en deux :
    -          Le service dans un restaurant
    -          La dégustation du vin
    Dans cet univers convivial et charismatique, existe un virus profond séculaire, sévissant  aussi bien que chez les femmes que les  hommes : le « Moi je »
    Le « moi je »  est source  de l’égocentrisme et de l’égoïsme de l’être humain. Il est le symbole du manque de reconnaissance et d’une frustration. Profondément sûr de leur valeur et de leur bienfondé, ces personnes se ridiculisent généralement en public. «  Le moi je  suis le meilleur » est plus dans les bouches, que «  le moi j ’ai fait une bêtise et je l’assume »
    Le don de soi ne me contraint jamais, j’aime aider aussi bien les vignerons que des amis journalistes. Lors d’un concours de vins organisé en juin, je rencontrai un dinosaure  de la vieille école, maîtresse du «  moi je  suis diplômée, moi j’ai l’habitude des concours de vins, moi je suis sommelière ». La joie de venir à cette dégustation s’est transformée en une amertume indigeste lorsqu’ elle m’interdisait de me servir en vin.  Le paradis de déguster et d’échanger  se commua  en enfer improvisé par un dictateur en jupon, qui de plus est dubitative sur les vins en levures indigènes. Bref, tout était réuni pour que je sorte de mes gonds et de soulever par colère une table devant tout le monde. Chose que je n’ai point faite. Mes 44 printemps ont conforté   l’ouverture de mon esprit. Comme dit le philosophe, La sagesse est le fruit  de l’expérience, et l’expérience celui des bêtises. Et dans ma vie, il y en a eu beaucoup. Ajouter à cela l’arrachage d’une de mes affiches de la journée de dégustation du 18 juin , cette initiative impromptue devait donner à un de ses amis  mes coordonnées. Bref, elle ressemblait de plus en plus à ma belle mère : un vampire aux dents longues omnipotent et pas du tout conforme à notre métier le vin. Les femmes sont l’amour de ma vie, je les  contemple , je les admire comme des tableaux de maître. Ronde, grande, rousse, brune, métisse, leur richesse est la multiplicité de style. Si elles ressemblaient toutes à cette despote, pour le malheur de ma mère et de ma meilleure amie Corine, j’aurai basculé dans le côté obscur de la gay…té (rires).
    Au mois, de décembre 2011, je fus invité par mon président des sommeliers à un repas entre jeunes sommeliers sortant de l’école et vieux comme votre hôte (rires).  Le but (une bonne idée) était d’échanger les bouteilles de vins. Connaissant mes préférences, vous pensez bien que l’occasion fut trop bonne. Deux muscadets de chez Jacques Carroget fut présentés : l’une avec soufre et l’autre sans soufre.  Les yeux de mes convives sortaient de leurs orbites. Mais le clou du spectacle arriva avec la dégustation d’un beaujolais nouveau sans ajout de soufre de Christian Ducroux. Tout d’un coup, un monsieur élégant  d’un âge avancé voulait échanger ce vin. Il revint plus tard m’interpellant. « Qu’est-ce vin ? C’est un beaujolais nouveau n’est-ce- pas ?
    Ma réponse fut pragmatique et technique : ce vin était issu  l’agriculture biodynamique demeter labourée au cheval et vinifié sans chaptalisation, sans levurage …..et sans ajout de soufre.
    Sa réponse retentissait dans ma tête comme un écho : « On ne  s’entendra jamais , car Moi je mets du soufre dans mon vin ». Ma réponse fusa comme une lame de rasoir « Mais moi je comprends qu’il y ait deux grands  styles de vinification en France ». Il resta stoïque et me demanda ma carte de visite. C’était le propriétaire d’un vignoble Bordelais mais aussi du restaurant Laurent et des caves Taillevent. Et ce jour-là il a été émerveillé par un vin naturel….

    Jean-Charles Botte  www.vinpur.com
    Dans un  tout autre genre ce jour-là, je demandais aux 3 jeunes sommeliers leurs adresses afin de leur envoyer mon livre "Apprendre à déguster avec un pro". Un des jeunes m’écrivit son nom avec l’intitulé commis sommelier du restaurant L…….  Les mots modestie et humilité rayonnaient sur ma dédicace écrit sur son livre. Bien-sûr ce fut le seul qui ne me remercia pas du présent.
     
    D’un caractère entier, mes réflexions, mes verves peuvent fustiger parfois. Lors d’une vive altercation avec un chef de cuisine, son égo surdimensionné vociféra « Mais pour qui vous vous prenez? ». Ma réponse fut immédiate « Moi je suis un simple sommelier, comme vous vous êtes un simple chef » et son bec fut cloué.
     
     
     
     
    Notre métier le vin est l’un des rares produits et consommés en France. Dans les méandres de la crise mondiale, notre salut viendra par une reconnaissance des deux styles, mais une remise en question totale de l’ego « Moi, je ». Moi je fais du vin sans soufre, moi je mets des produits chimiques car je ne crois pas au vin bio, Moi je levure car elles sont meilleures que les levures indigènes….Et Moi en entendant ces crises d’égos, ces vociférations même si parfois elles sont réelles : j’en ai mal à la tête. La différence entre des hommes doit plus les réunir que les séparer. Moi, je crois en une fédération de tout bord afin que l’on puisse faire reboire du vin aux français et que l’on soit n°1 de l’exportation dans le monde. En résumé vaincre le syndrome de Vercingétorix  et sortir la France de la crise par le vin.

    Jean-Charles Botte Juin 2012
    « L'humilité, c'est de savoir écouter. »
    de Jacques Perrin
    « Il y a quelque chose de plus haut que l'orgueil, et de plus noble que la vanité, c'est la modestie, et quelque chose de plus rare que la modestie, c'est la simplicité. »
    de Rivarol 

    "Souvent l’humilité et la modestie sont comme un maillot de corps,  on oublie souvent son utilité et on pense ne pas en avoir besoin." Jean-Charles Botte